OMC : Le commerce à l'heure de la mondialisation
Par Evenstar le mardi 22 juillet 2008, 17:50 heures - Actualité - Lien permanent
La mondialisation est une
source énorme de profit...Bien que le rapport sur le commerce mondial 2008 soit plûtot clair, concis et bien documenté, il n'en est pas moins incomplet et par trop léger sur les points touchant les populations les plus fragiles ainsi que son impact sur les systèmes politiques.
M. Pascal Lamy, Directeur général de l'OMC, introduit ainsi le rapport :
- "Rares sont ceux qui contesteraient les avantages apportés par la mondialisation et le commerce, qui assurent une plus grande prospérité à des centaines de millions de personnes et une plus grande stabilité entre les pays. Pourtant, beaucoup de par le monde n'ont pas ou presque pas profité de ces avantages. La gestion de la mondialisation impose aux gouvernements des défis colossaux et, pour réussir à diffuser plus largement la prospérité, il faudra une forte détermination commune".
Sous le modèle actuel de la mondialisation, l'humiliation des démocraties ne fait que commencer.
Peut-on passer la pauvreté par perte et profit sous prétexte que rien ne doit entraver la croissance mondiale ? Pour chaque progrès, il est nécessaire d'assurer la sécurité des acquis sociaux. Or, les incertitudes concernant l'impact du commerce sur la pauvreté méritent plus d'attention qu'un simple constat d'impuissance...
Pour rappel, "Rares" représentent plus d'un milliard de personnes qui n'ont pas vu leur condition de vie s'améliorer avec la mondialisation. Ce milliard de personnes subit la dictature d'un marché dont elles ne comprennent ni le mécanisme ni l'intérêt à court terme.
S'il y a bien une création de valeur indéniable et une meilleure diffusion des technologies, le marché mondial ne s'intéresse pas à la répartition équitable des richesses.
Le rapport stipule qu'il appartient aux états de faire profiter à la population des bienfaits de la mondialisation. Mais un état surendetté aura du mal à redistribuer la richesse !
Dans le cas de la France, la situation de la dette publique est telle que pour maintenir un semblant d'équité sociale, il faut prélever aux moins nantis pour aider les plus démunis.... Quel drôle de paradoxe pour une république dont la devise est "Liberté, Egalité et Fraternité". Le puissant est protégé et bien servi...
Que penser du peu de poids de l'Organisation Internationale du Travail dans les transactions de l'Organisation Mondiale du Commerce ? Les conditions de travail et de rémunération ne semblent pas peser lourd dans le débat. Le droit du travail, la couverture sociale, l'indemnité de chômage et la retraite n'ont jamais fait l'objet d'une négociation entre les pays membres de l'Organisation Mondiale du Commerce. Ils sont pourtant une source évidente de déséquilibre et de conflit entre les peuples.
Pire encore, il n'a jamais été question de plafonner les revenus des plus fortunés afin de répartir la richesse créée. Cela pourrait pourtant fortement aider à réduire la pauvreté dans le monde. Et l'humanité s'en porterait beaucoup mieux si cet excédent financier était investi dans l'éducation, la santé, la recherche et l'écologie.
De plus, le déni de la Déclaration universelle des droits de l'homme par l'Organisation Mondiale du Commerce est flagrante puisque son respect n'est jamais soumis à une obligation contractuelle.
Dans l'exemple de la Chine, on peut dire qu'elle a tout gagné sans rien concéder. Son régime totalitaire est en passe d'affirmer au monde sa toute puissance. Elle pose même en modèle économique une nouvelle forme de servage.
Ce qui est frappant avec la monté en puissance de la mondialisation, c'est la manière dont les démocraties et les dictatures manipulent leur peuple. Il y a de moins en moins de moralité dans les systèmes politiques et chacun semble pouvoir s'en contenter. Il suffit de voir les "clowns" à la tête de pays comme la France (Nicolas Sarkozy), les Etats-Unis (Georges W. Bush), l'Italie (Silvio Berlusconi), la Pologne (les jumeaux Lech et Jarosław Kaczyński), le Venezuela (Hugo Chávez), l'Iran (Mahmoud Ahmadinejad), la Russie (Dmitri Anatolievitch Medvedev et Vladimir Vladimirovitch Poutine) etc.
Ne parlons même pas de la corruption et des prises d'intérêt qui gangrènent les institutions. Si le mal est moindre dans les pays ayant une forte culture démocratique (notamment en Europe ), c'est un fléau immonde pour des pays comme la Russie, qui aspire à devenir membre de l'OMC, et la Chine...
Le commerce prend son sens dans le service qu'il rend à l'humanité. Avant d'aller plus loin, avant d'en vouloir plus, il faut cultiver en soi les principes d'humanité et d'altruisme. Hélas, le cycle de Doha n'appelle pas de tout son coeur ces beaux sentiments, puisque la discorde porte essentiellement sur les droits de douane et les subventions ...
M. Pascal LAMY, une détermination commune n'est pas suffisante pour unir des gouvernements aux intérêts divergents. La question économique seule ne permet pas d'éluder toutes les incohérences d'une mondialisation qui trouve de plus en plus d'opposants. L'axe principal des négociations doit porter sur le développement humain et l'écologie. Ces points doivent devenir des priorités communes.
"L'homme, tour à tour marchand et marchandise, ne s'informe plus du mérite des choses, mais de ce qu'elles coûtent ; c'est par spéculation qu'il fait le bien, par spéculation qu'il fait le mal. Il suit la vertu tant qu'il en espère quelque aubaine, prêt à passer dans l'autre camp, si le crime promet davantage. Nos parents nous élèvent dans l'admiration de l'or et de l'argent ; la cupidité qu'ils sèment dans nos jeunes coeurs y germe profondément et grandit avec nous. Et la multitude, partagée sur tout le reste, est unanime sur ce seul point, le culte de l'or. C'est l'or qu'elle souhaite aux siens ; quand elle veut sembler reconnaissante aux dieux, c'est l'or, comme la plus excellente des choses humaines, qu'elle leur consacre. Enfin nos moeurs sont déchues à ce point, que la pauvreté est une malédiction et un opprobre, méprisée du riche, en horreur au pauvre".
Sénèque - Lettres à Lucilius

Commentaires
Malgre un recul de 12% des echanges mondiaux, Pascal Lamy veut relancer le cycle de Doha. Ce monsieur n'a pas pris acte des causes de la crise. Pff...
Effectivement, M. Pascal Lamy n'a toujours pas compris qu'il n'y a qu'une chose à mondialiser à tout prix, c'est la connaissance. Après, il faut tout simplement relocaliser les productions industrielles. Ce qu'il faut échanger et partager, ce sont nos différences.
On en reparlera dans quelques mois