La quête de rentabilité et de part de marché ont  brouillé la vision que les dirigeants avaient du monde qu'ils voulaient construire. Les modèles économiques et politiques ont été exportés vers les pays en développement avec leurs faiblesses et leurs lacunes. Lorsque la CNUCED a fait le constat que les pays industrialisés privilégiaient l'aide au développement économique aux pays moyennement avancés (PMA), personne ne s'est inquiété de la fragilité des populations locales face aux aléas du marché mondial. Plus les pays en développement s'ancraient au commerce international et plus ils négligeaient la stabilité de leur marché local. En clair, leur production industrielle est principalement tournée vers l'exportation tout en négligeant la demande intérieure.

Au lieu de réfléchir à un mode de développement durable auprès des pays pauvres, la communauté internationale, la Banque Mondiale (BIRD et IDA) et le Fond Monétaire International (FMI) se sont ingéniés à singer le désordre régnant dans les coulisses de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC).  Chacun y défend ses droits sans jamais reconnaître ses devoirs. La solidarité alimentaire n'a pas eu à émettre son veto.

On pourrait presque dire que les économistes et les politiques portent l'essentiel de la responsabilité sur la crise actuelle. C'est sur leurs avis qu'ont été abandonnées toutes prudences. Les politiques agricoles de l'Union Européenne et des Etats-Unis sont une pâle caricature de la production à flux tendu. Malgré les avertissements des banques alimentaires, les stocks sont au plus bas. Les gains de productivité ont servi les intérêts de multinationales qui sont allées vendre un modèle économique et une biotechnologie inadaptée aux besoins des pays en voie de développement. Certains iront même jusqu'à abandonner leur agriculture vivrière pour aborder celle plus rentable à l'exportation comme le coton. Cette prise de risque a de lourdes conséquences quand les prix négociés se situent en dessous du coût de revient. De plus, répondre uniquement aux besoins internationaux met en péril le développement des populations les plus démunies.

La communauté internationale révise aujourd'hui sa politique d'intervention. Mais l'urgence des malnutritions ne doit pas masquer les réalités. La précipitation peut conduire à reproduire les erreurs passées. Or, il faut revoir totalement le modèle de développement des pays du sud. Les ressources naturelles d'un pays conditionnent localement l'offre et la demande. Et c'est sur ce point qu'il faut confronter les connaissances scientifiques et techniques face au développement durable ; agriculture, urbanisme, écologie, santé, éducation et politique.

Mais le monde a-t-il intérêt à stabiliser ces pays périodiquement secoués par les fléaux ? N'est-il pas temps pour ces mêmes pays de se défaire du passé et de prendre enfin leur destinée en main ?